Chiens médiateurs

Cani-médiation

Confidences...

Il est des signes qui ne trompent pas et même si sur le moment ils ne sont pas d'une évidence folle, avec un temps de recul, ils deviennent transparents...

Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours vécu entourée d'animaux et j'aimais à aller me réfugier à leur côté dans les moments de doutes, de peur, de tristesse ou d'incertitude que peuvent rencontrer tous les enfants. Du haut de mes cinq ou six ans, je pensais les comprendre mais j'avais surtout le sentiment que ceux qui m'apparaissaient comme enveloppants, contenants et rassurants comprenaient tout de mes petites détresses enfantines.

Impression que ma différence faisait écho à la leur ; eux qui évoluaient dans un monde parallèle dont je n'avais pas la clef.

Impression aussi de retrouver en l'animal un alter-ego étayant et structurant qui avait, contrairement aux autres humains qui m'entouraient, accès à mon monde intérieur.

Je devais comprendre par la suite, en me confrontant à la réalité des adultes, que la richesse de ces échanges interspécifiques émanait essentiellement de cette altérité animale, qui, loin de me conforter dans ce Moi profond et toujours un peu étranger me renvoyait à un Sujet Autre, un Ailleurs avec tout ce que cela peut induire de questionnements.

Cani-médiation

J'ai ainsi cheminé quelque temps à la recherche d'une profession qui saurait articuler le lien Homme/Animal hors l'espace de soin de la médecine vétérinaire où je n'avais pas ma place faute de compétences suffisantes dans le domaine scientifique.

Le déclic a eu lieu en 1996 alors que je découvrais le livre de Caroline Bouchard, fondatrice de l'Association Internationale pour la Zoothérapie : « Les effets bénéfiques des animaux sur notre santé. »

J'ai même participé à un week-end d'information sur la zoothérapie qu'elle animait en Indre-et-Loire, en 1998. Je crois me souvenir que nous étions trois participants... Les balbutiements d'une activité qui n'avait pas encore trouvé son premier souffle en France. Moi, j'avais enfin l'intime conviction d'être sur la bonne voie...même si j'ignorais que le chemin serait long et semé d'embûches.

Mon projet s'est alors étayé progressivement à force d'ajustements, de questionnements et de recherches.

Il demeurait cependant des points sensibles à propos desquels je ne parvenais pas à trouver de réponses. J'avais le sentiment profond qu'il me manquait un fil conducteur qui me permettrait de relier toutes les observations et les données empiriques que j'avais pu recueillir.

C'est sur cette note d'inachevé que j'ai décidé, en 2006, de quitter pour un temps l'univers de la Médiation Animale et des Activités Associant le Chien.

Besoin de prendre de la distance vis-à-vis d'une pratique qui se dessinait peu à peu dans le paysage de la relation d'aide et dans laquelle je ne me reconnaissais pas toujours, trop près du sensationnel médiatique et des effets pseudo-magiques de la présence animale. Sentiment que le bien-être du chien était occulté au profit du « tout contrôle » par le biais de conditionnements divers.

Au fil des années, la pratique a considérablement évolué. Des prémices de la Zoothérapie importée du Canada à la Thérapie Facilitée par l'Animal en passant par les Activités Associant le Chien, la Médiation Animale et la Cani-Médiation...

Quelques divergences sémantiques révélatrices d'un malaise plus profond concernant l'activité de terrain, clivée entre animation, occupationnel, pédagogie, éducation et thérapie...Difficile de bien délimiter les différents champs d'action et de tenter de structurer et d'encadrer cette nouvelle forme de médiation.

Le terme « thérapie » a longtemps fait débat, légitimement revendiqué par les professionnels du soin.

Aujourd'hui, la discipline est plébiscitée. Les initiatives personnelles, les actions associatives et les formations se développent autour du phénomène Zoo-Médiation. Cela va sans nul doute susciter de nombreuses vocations...

J'ai l'impression qu'il existe une réelle volonté de professionnaliser et de réglementer la pratique.

La mise en présence intentionnelle d'un animal auprès de personnes fragilisées ne s'improvise pas et ne saurait souffrir un quelconque amateurisme car de nombreux déterminants (conscients et inconscients) entrent en jeu dans le processus de relation d'aide. J'ai trop souvent rencontré des personnes fort attachantes qui se jetaient tête baissée dans les pratiques valorisant le lien homme/animal et prétextant des motivations très nobles : simplement par « amour » du chien et par volonté d'aider l'Autre...

Malheureusement, je crois que la simple « envie de... » ne suffit pas et il me semble important de s'interroger quant aux motifs profonds qui sous-tendent des intentions à priori très louables.

J'espère sincèrement que dans les années à venir la zoo-médiation trouvera toutes ses lettres de noblesses, loin du sensationnel médiatique, autour d'équipes pluridisciplinaires, dans le respect de l'animal et des publics concernés.

Zoo-médiation

Zoo-médiation au lieu de zoothérapie ?

Voir : Définition OPERRHA

« Parce que la présence professionnellement organisée d'un animal auprès de personnes fragilisées ou en perte d'autonomie n'est jamais seule une thérapeutique mais s'inscrit dans un projet thérapeutique géré par les professionnels concernés.

La thérapie est donc le processus global défini et délimité par les personnes compétentes (psychiatres, psychologues, ergothérapeutes, psychomotriciens, zoo-médiateurs, personnel soignant, etc.).

La zoo-médiation est une plus juste formulation car elle est un outil au service du processus thérapeutique et non une thérapie au sens propre. »

Zoo-médiation, zoothérapie

Evidences...

« La Voie de son Chien » :
Orientation de la pratique, recherche et réflexion dans le domaine des activités associant le chien et de la cani-médiation.

Vous trouverez ci-dessous l'esquisse non exhaustive de nos différents axes de travail et de recherche, élaborés et réajustés très humblement au fil de notre pratique de terrain et de nos rencontres humaines et animales.

  • Les enjeux et mécanismes qui sous-tendent la relation enfant/animal.
    • Projection et identification.
    • Communication non-verbale.
    • Rôle affectif de l'animal.
    • L'animal potentialisateur des capacités physiques et cognitives de l'enfant ?
    • L'animal dans l'imaginaire de l'enfant.

« Voilà un premier temps de la vie de l'enfant où la différence est du côté de l'homme adulte, la ressemblance du côté de l'animal : les relations sont complémentaires avec les parents, symétriques avec les animaux (...). L'animal est le miroir de l'enfant, miroir non seulement visuel mais également acoustique, olfactif, cutané. »

Jacques MIERMONT, in La communication entre l'Enfant et l'Animal.

Cani-médiation

Zoo-médiation

  • Que vit l'animal dans les contacts tactiles qui lui sont proposés par l'Homme ?

Communication entre l'Enfant et l'Animal

Contact animal-homme

Zoo-médiation

  • Que vit l'animal dans les rencontres initiées au cours des séances de cani-médiation ?
  • Nouvelle approche concernant « l'éducation » et l'accompagnement du futur chien médiateur, loin du « tout contrôle » et du joug du conditionnement afin de lui laisser un espace de liberté d'action. Respect du développement du chiot en ne le faisant pas entrer précipitamment dans des apprentissages trop réducteurs mais en instaurant précocement un système interactionnel cohérent et sécurisant.
  • Pratiques d'élevage et rôle de l'éleveur : des éléments déterminants pour le futur du petit chiot.
  • Etat des lieux des Activités Associant le Chien en France : pratiques, approche, formations...
  • De l'incidence des contacts tactiles de type « massage » sur les comportements de détente et d'apaisement du chien.

(Extraits du travail d'observation éthologique réalisé pour la validation du certificat de « comportementaliste spécialiste de la relation Homme/chien » - Organisme OPERRHA- Session mars 2009).

Sujet : « Un espace de contacts tactiles de type « massage » peut-il amener Alaska à s'apaiser progressivement au cours d'un épisode de pseudo-gestation ? »

INTRODUCTION

(...) « De la faculté de Psychologie, j'ai glissé jusqu'à la pratique de terrain en rejoignant une association spécialisée dans l'éducation de chiens d'assistance pour personnes handicapées. Je ne connaissais rien du sujet « chien » et je savais qu'il allait me falloir gravir progressivement tous les échelons menant à une réalité canine qui me semblait encore lointaine.

J'avais pour seuls bagages une certaine sensibilité et une grande patience qui me destinaient à travailler des chiens particulièrement réactifs, à l'émotionnalité débordante ; ces mêmes chiens qui une fois en confiance, avaient un fort potentiel interactionnel, tout en mesure et en délicatesse : le profil idéal du chien d'éveil destiné à des enfants souffrants de retard global de développement, de troubles autistiques, de trisomie... Enfants trop fortement dépendants qui ne pouvaient pas gérer eux-mêmes un chien d'assistance et qui allaient malgré tout bénéficier de la présence d'un compagnon à quatre pattes grâce au travail de médiation d'un parent référent.

Je suis rapidement devenue responsable du projet « chiens d'éveil » avec le désir profond de proposer un axe de travail résolument différent, d'aménager au mieux les séances d'éducation en respectant l'animal dans sa singularité en fonction de ce que je pouvais lire de lui et de sa disposition à entrer dans mes demandes.

Les activités quotidiennes du chien d'éveil se sont colorées de notes ludiques car je ne recherchais pas seulement la précision dans l'exécution de certains exercices mais aussi et surtout un espace de liberté où le chien pouvait exprimer quelque chose de plus naturel en dehors du joug du conditionnement.

De ces belles rencontres avec ces chiens très précocement manipulés, stimulés, caressés, est née l'envie de proposer, à la fin des séances de travail, un moment privilégié de contacts tactiles sur une couverture à même le sol. Et de me rendre compte que très rapidement les chiens étaient particulièrement mobilisés par ces propositions ; si bien que la plupart du temps, ils finissaient par s'assoupir entre mes mains. Moment de « lâcher prise » intense et d'apaisement...

Suite à ces expériences des plus enrichissantes, je me suis renseignée sur les différentes techniques de massage pour chiens, de la massothérapie à la méthode du TTouch. Puis ces observations sont restées en suspend, dans un coin de ma tête, pendant plusieurs années...

Alaska, petite femelle Samoyède a rejoint notre tribu en janvier 2006. Son arrivée concordait avec le projet émergeant de développer des activités de zoo-médiation à l'attention de populations « fragilisées ». Je souhaitais sortir un peu du cadre des races reconnues pouvant endosser le rôle de « chiens d'assistance, chiens médiateurs » tels les Goldens et Labradors pour proposer une image et une approche différentes avec un partenaire qui se démarquait de par sa confidentialité et sa physionomie des plus engageantes auprès du grand public. J'avais pris grand soin de sélectionner un élevage qui semblait mettre un point d'honneur à familiariser correctement ses chiots et son adaptation à la maison ainsi que dans son environnement proche n'a pas posé de difficultés particulières.

J'avais également le souhait de ne pas l'enfermer dans des apprentissages qui m'apparaissaient trop réducteurs aussi n'ai-je pas voulu l'initier à des exercices d'obéissance classiques. Elle ne connaît à ce jour que deux commandes indispensables : le « viens » et le « voiture ». Elle sait aussi s'asseoir sur demande. C'est plus qu'il n'en faut pour la gérer au quotidien.

A l'époque, je voulais surtout mettre l'accent sur le côté interactionnel, je l'ai donc familiarisée très tôt aux contacts tactiles simples (caresses) et aux manipulations. Cependant, il m'a rapidement semblé évident qu'elle ne tendait pas préférentiellement vers ces activités et de m'apercevoir qu'elle ne correspondait en rien au profil « Golden, chien d'éveil » qui me parlait tant. J'ai dû me résoudre à accepter ses différences et j'en ai conclu que la pression latente que je me faisais subir et que je lui imposais inconsciemment ne pouvais pas durer. En me devant absolument d'avoir le bon partenaire pour ma pratique de terrain, je la forçais à entrer dans un cadre trop exigu par rapport à ses aptitudes et à ses qualités tempéramentales.

J'ai appris de mes erreurs et je l'ai laissée vivre sa vie de chien de compagnie.

Je crois surtout, avec un peu plus d'objectivité, que je n'avais pas toutes les clefs pour accéder à son univers... »

CONCLUSION

« Voilà le chapitre d'une belle histoire autour des contacts tactiles qui se referme doucement.

Mais je sais l'aventure loin d'être terminée et ceci n'est en fait que le début d'une réflexion plus nourrie sur le sujet.

Même si le bénéfice de l'instauration d'un cadre sécurisant via le fil conducteur de contacts tactiles de type « massage » n'a pas été clairement discriminé de l'évolution favorable de l'épisode de pseudo-gestation, il n'en demeure pas moins qu'Alaska a trouvé à s'apaiser de manière significative au cours des dix observations.

Un point me semble cependant important à souligner même s'il n'a pas fait l'objet d'une analyse plus approfondie : Alaska m'a laissée accéder à certaines zones de son corps habituellement réactives à la manipulation. Il s'est donc construit, au sein de cet espace dans lequel je lui proposais d'entrer, quelque chose autour d'une « confiance » structurante et sécurisante, hors la contrainte et l'obligation de faire écho à une demande de contact. Elle était libre de se soustraire et même si à certains moments, les signaux de stress étant trop importants, j'ai manqué arrêter la séance, elle n'a jamais pris l'initiative de s'en aller.

Je pense que l'instauration de ce type de cadre sécurisant peut être un bon préalable aux séances de soins et de toilettage parfois administrées de force à des chiens sous la contrainte, entre inhibition et hyper-réactivité.

L'idéal étant de construire progressivement ces échanges apaisants dans le jeune âge de l'animal, avant même de sensibiliser le chiot avec une batterie de soins invasifs et de lui proposer dans la douceur une habituation aux manipulations et aux touchers sur différentes zones de son corps via le fil conducteur de contacts tactiles de type « massage ». L'introduction de la brosse, par exemple, devant se faire ensuite comme le prolongement d'un contact tactile un peu différent mais toujours sécurisant et paisibilisant.

Il me semble important d'ajouter que ces propositions de contacts tactiles devraient toujours se faire sur la base d'un système interactionnel sain et cohérent afin d'éviter toute tentative de « prise de contrôle » de la part du chien qui pourrait facilement se montrer envahissant et faire de ce moment un jeu purement canin.

Pour terminer, je souhaiterais partager une petite anecdote qui va dans le sens des réflexions qui viennent à moi suite à la réalisation de ce devoir :

Quelques semaines après les observations réalisées pour le devoir éthologique, j'invite Alaska à l'intérieur de la maison. Je prends le temps de la caresser, au milieu de la salle à manger et je sens sous mes doigts qui se promènent sur son corps, une tique, nichée dans le repli intérieur du haut de sa patte, au niveau de l'aisselle. Pas facile d'accéder à cet endroit pour ôter délicatement cet hôte des plus antipathiques.

Je décide alors de m'asseoir sur le sol et d'inviter Alaska à venir me rejoindre, comme je le faisais lors des séances de contacts tactiles. Elle entre paisiblement dans ma demande et en l'espace de deux, trois caresses sur le dos, elle s'installe directement en position « d'allégeance ». Je ne me précipite pas sur la tique et je laisse mes mains se promener sur son ventre, tout en allant de temps à autre du côté de l'aisselle habitée, sans stigmatiser pour autant autour de cette zone.

En l'espace de cinq minutes, elle produit des comportements de détente et va même jusqu'à fermer les yeux. J'en profite pour ôter la tique tout en douceur...

Il n'y aura aucune réaction de sa part et elle restera tranquillement couchée jusqu'à la fin de la séance... »